mercredi 21 novembre 2007

Plamondon et la cruauté infantile

La nature de l’enfant est profondément méchante, perturbée, par conséquent méchante pour les sensibles.



Beaucoup de parents se servent du prénom de leurs enfants comme d’une tribune pour exprimer leur créativité, leur sens artistique refoulé. Le Picasso en vous ne s’est jamais montré le bout du nez, je peux comprendre vos regrets, mais de grâce, laissez vos enfants tranquilles. Pour ma part, malgré que je ne sache pas vraiment l’histoire qui fait qu’on m’a appelé Josiane, je crois qu’on m’a quand même épargné. Ainsi, à part Josiane la Banane, les moqueries à propos de mon prénom se contenaient assez bien, mais mon nom de famille, c’est autre chose. Plamondon. À première vue, ce n’est pas dramatique vous me direz. On a quand même connu plus suave, mais bon, j’encaisse bien le choc.

Je me croyais donc sauvé. Pourtant, il ne faut jamais sous-estimer le potentiel créatif de l’enfant en quête de victimes.

Rentrée scolaire en trois, quatrième année, peu d’importance. La chance ultime de savoir quel genre de face a engendré celles que je côtois jour après jour. Il y a les versions miniatures et tous les parents qui accompagnent petit à l’école. Toujours est-il que nous sommes là, mon père et moi, dans la cours de récré. On attend. C’est long. Comme si quelqu’un d’extérieur à la situation avait entendu ma plainte, on a mis sur mon chemin un enfant qui devait me marquer à jamais. Ce dernier dont le visage m’échappe, mais de qui les paroles, aussi poétiques soient-elles, restent, s’était donc mis à m’appeler Josiane Plamon-condom.

Plamon-condom

Pardon.

Parce que ça rime et qu’il est question de condom, c’est sensé être drôle. Je ne réagis pas : je suis rendue une grande fille. Presque dix ans.




Étrange de voir que ce qui anime un enfant de dix ans est la nature des mots et leurs dérivés, les rimes entre le début de mon nom de famille et celui d’un contraceptif.

Tâchons d’analyser où il voulait en venir.

-Tu sens le caoutchouc.

-T’es ben pratique, mais on aimerait bien se passer de toi.

-Tu es multifonctionnel (on peut se servir de toi comme d’un ballon d’eau si l’inspiration du moment le veut bien.)

-Tu es un accident, le condom a déchiré.


Je tâche de comprendre.
Je crois bien ne jamais élucider le mystère de l’idiotie-créatrice juvénile.



Papa n’a jamais vraiment mis ses culottes. D’une douceur incroyable, je me souviens quand même que cette fois-là, il a pris ma défense.

À ce moment-là, au moment de l'insulte fatale, mon père, d’un calme déconcertant, a dit au petit garçon qui avait des élans Baudelairiens :

"Moi aussi je suis un Plamon-condom"

Le p'tit baveux est resté figé : maudit cave.

Et j’étais fière.

La vraie nature de cet enfant avait été dévoilée.

C’était mon papa le plus fort.

1 commentaire:

Nez d'vinasse a dit…

J'bois ton cynisme pis toute l'ironie des situations que tu présente là comme si j'étais pas assez saoul, c'est drôle.